Fred Lailler a repris le Domaine Michel Bregeon à Gorges en 2011. Aujourd’hui, il dirige ce domaine de 10 hectares en bio avec Maud son épouse, et vient d’achever un nouveau chai, avec un espace de stockage et de dégustation. Retour sur son parcours…

 

 

En ce mois de mai 2020, le vignoble n’a jamais été aussi beau et le millésime s’annonce prometteur, tant mieux. Pas de gel cette année, mais suffisamment de difficultés pour les vignerons (l’export avec les Etats-Unis, Brexit, salons pro et portes ouvertes des domaines annulés, restos et bars fermés…), beaucoup se sont adaptés et réinventés. Le domaine continue les expéditions à ses clients particuliers, ils ont d’ailleurs été nombreux à commander, c’est une forme de soutien. En tout cas, dans les vignes, pas de confinement, liberté absolue.

A Gorges, loin du tumulte, la seule chose à faire, est de déguster les muscadets de Fred, accoudés à son nouveau bar en noyer, magnifique, provenant d’un viel arbre qu’il avait chez lui. « Rien ne se perd, tout se transforme », finalement c’est un peu ça le Domaine Michel Bregeon, une belle transformation avec un nouveau chai, de jolies cuvées et mon petit doigt me dit qu’il a pas fini de faire parler de lui.

 

 

 

Fred Lailler Fred Lailler

Natif de Gorges, Fred est « un gars du pays ». Il n’est pas issu d’une famille de vigneron, mais a une solide bande de copains du métier.

Ainsi, lorsque se pose les questions d’orientation, ce scientifique, ne sachant pas trop ce qu’il voulait faire, s’inscrit en 2000 avec un ami au BTS viticulture oenologie à Montreuil Bellay. Autant dire qu’ils ont été bien inspirés : son ami devient œnologue et lui vigneron !

Il travaille tout d’abord une dizaine d’années dans plusieurs domaines. Ces différentes expériences lui permettent de voir ce qu’il apprécie et notamment la conduite du vignoble en bio.

 

 

Le Domaine Michel Bregeon

A 31 ans, entrepreneur dans l’âme, Fred reprend les rênes du Domaine Michel Bregeon : Un domaine de 6,5 ha en conventionnel, avec certaines vignes âgées de 65 ans, des vendanges faites à la main et un gros marché à l’export (Le domaine a un importateur aux USA depuis 1978, ce qui représentait 50% du volume produit à l’époque).

« Michel est un des précurseurs du Muscadet de grande qualité et un fer de lance de la promotion des crus du Vignoble Nantais ; un de ceux qui a toujours cru que ce vin issu du cépage Melon de Bourgogne valait beaucoup mieux que l’image de vin de comptoir qui lui collait à la peau. Il en a tiré des vins profonds et subtils, des vins de garde capables de rivaliser à l’aveugle avec les plus grands. En ce sens, Michel m’a accompagné, m’a transmis son savoir et la connaissance des particularités de ses sols. »

Dès 2012, 2013, Fred achète de nouvelles terres et passe rapidement à 8,5 hectares puis 10 hectares.

 

L’aventure du bio

« Mettre en valeur les terroirs, rechercher l’authenticité des vins, élaborer des vins vivants fondaient mes idées directrices. Pour cela, il y avait des impératifs : la conversion en agriculture biologique pour retrouver l’expression et les vibrations de la terre, la limitation des rendements, la fermentation avec les levures indigènes, les élevages longs et, évidemment, les vendanges manuelles. Il me fallait un lieu avec lequel je pourrais entrer en symbiose, un terroir que je pourrais faire entrer dans mes flacons. »

2012, tout est dit, il se lance dans la conversion du domaine. Il ne cherche pas le label, mais plutôt une conduite du vignoble respectueuse de l’environnement, suivant ses valeurs et convictions.

« Depuis qu’on est en bio, les sols sont plus jolis et sentent meilleur. J’ai l’impression d’avoir des raisins plus équilibrés, avec des maturités phénoliques plus conformes à nos souhaits »

Toutefois, les labels sont ce qu’ils sont, et rassurent les clients. Ainsi, il demande le label en 2015 et sa première récolte est certifiée en 2018 (pour une partie).

Aujourd’hui, il maîtrise parfaitement l’agriculture biologique (il est d’ailleurs le seul vigneron bio à Gorges) et ne souhaite pas se lancer dans la biodynamie, pas assez « rationnelle » pour lui.

 

« Traduire la saveur de nos terroirs à travers un cépage rare et unique, le Melon de Bourgogne »

Fred bichonne ses vignes pour en extraire le meilleur : il souhaite pouvoir retrouver le terroir dans chaque cuvée du domaine.

Le vignoble est situé sur les communes de Gorges (appellation village) sur sol de gabbro et de Maisdon s/Sèvre (appellation village Clisson) sur sol de granite.

  • 80 % des ceps sont en sélection massale,
  • la moyenne d’âge des vignes est de 65 ans, les plus âgées ont dépassé le siècle.
  • La densité est de 7000 pieds à l’hectare,
  • les rendements moyens sont inférieurs à 30 hl/ha.

La particularité de ces terroirs et de ces vignes lui permettent d’extraire la minéralité et la complexité des jus qui se distinguent les uns
des autres par la spécificité des sols (« le caillou ») de gabbro et de granite et des diverses expositions solaires.

 

Les cuvées du Domaine Michel Bregeon

9 cuvées sont présentes à travers le monde et sur quelques-unes des plus belles tables gastronomiques (où les trouver ?)

  • Un gros plant : folle blanche
  • « Blanche » : vin nature en macération depuis 2017. Vendangé et égréné à la main, comme un vin orange, pendant 3 semaines et demi, avec 90% folle blanche et 10% melon de bourgogne.
  • « Hors Série »: Muscadet Sèvre et Maine sur lie, un vin léger, facile à aborder, idéal pour l’apéritif et les fruits de mer
  • « Original » : Muscadet Sèvre et Maine sur lie, la cuvée classique du domaine, la plus distribuée à l’export.
  • Le Cru Gorges : le cru historique du domaine, sur sol de gabbro, 40 mois d’élevage sur lie. Ce cru est frais et tendu, avec une minéralité la plus simple, « pierre à fusil », avec des notes d’agrumes, c’est un vin qui a beaucoup de tension. Un vin pour les produits de la mer (saint jacques, oursin…), pour les amateurs éclairés, l’exact opposé de Clisson.
  • Cuvée Réserve : Muscadet Sèvre et Maine sur les mêmes vignes que le cru Gorges, 40 mois d’élevage sur lie.
  • Le Cru Clisson (depuis 2018) : C’est un vin sur un sol granitique, 27 mois d’élevage sur lie, tout en rondeur, généreux, facile à aborder.
  • Deux bulles : « Gai perlé » effervescent brut 100% folle blanche et « Cavodix », méthode traditionnelle rosé issue du cépage egiodola

 

Le nouveau chai

Compte tenu du développement du Domaine et des différentes cuvées, le chai était devenu trop étroit et peu fonctionnel. Il était temps de construire un nouveau nid pour leurs vins et un lieu d’accueil agréable pour les clients.

 

 

Espace de dégustation Fred Lailler

 

Depuis le 10 mars 2020, il a pris possession du nouveau chai. Celui-ci est composé :

  • un espace de dégustation de 35m² (20 personnes assises) : accueil des clients du lundi au samedi, mieux vaut appeler avant
  • un espace de stockage
  • un espace de vinification et d’élevage, fonctionnel et respectueux de l’environnement : cuvier enterré pour éviter la climatisation, pressoirs surélevés pour permettre de travailler par gravité (pas de pompage des jus de raisin)
    11 cuves souterraines (650 hectolitres) et 7 cuves aériennes (400 hectolitres)

Ce chai a en partie été financé par une campagne de crowfundind, via la plateforme Mimosa. 131 personnes ont participé !

Objectif atteint et excellent moyen de communication !

L’inauguration du chai était prévue le samedi 30 mai, cette inauguration est reportée, mais Fred et son équipe souhaitent tout de même organiser quelque chose cette année.

Pour mieux le connaitre

  • Fred Lailler, 40 ans en 2020, est marié et père de 3 enfants (11 et 2 de 7 ans)
  • Quand il ne travaille pas ? Il aime se détendre et pratiquer des activités nature comme la pêche.
  • Il boit surtout avec ses amis des vins de Loire, des rouges de Bourgueil et de Touraine, il aime moins les vins du jura…

 

Le domaine en quelques chiffres :

  • Un domaine de 10 hectares en agriculture biologique
  • 9 cuvées
  • 2 crus : Gorges et Clisson
  • 30 000 bouteilles par an
  • Référencé dans le Guide Bettane & Desseauve
  • Marché : 50% export (dont 40% USA)/ 40% CHR/ 10% particuliers
  • 2 salariés (1 salarié à la vigne/ Fred à la vinification et commercialisation) + Maud à l’administratif

 

Merci Fred,