Un matin direction Monnières près de Nantes, à la rencontre de Julien Braud, artisan vigneron en Muscadet Sèvre et Maine.

Le métier de vigneron, une histoire de famille 

Julien, comme beaucoup de fils de vigneron, a toujours eu cette envie de travailler dans la vigne et le vin, mais pour lui il faut la passion, pour pouvoir écrire cette vie au quotidien.
Son parcours
Il a tout d’abord intégré une Ecole d’Ingénieur à Rouen (l’ISARA), avec une spécialisation vigne et vin, puis a suivi une alternance pendant 2 ans dans le Beaujolais. De retour dans le Muscadet en 2009, il rejoint le domaine familial « le Domaine du Fief aux Dames » et travaille avec ses parents.

Le Domaine Julien Braud 

En 2012, Julien rachète 3 hectares de vignes historiques du Fief aux Dames, que son père exploitait en fermage. Il ne cherche pas à créer de nom de domaine viticole, c’est le Domaine Julien Braud, puisqu’à terme, il reprendra l’ensemble du Domaine Le Fief aux Dames. Il monte petit à petit une structure de 5,5 hectares, avec la parcelle du Moulin de la Justice à Monnières, puis il rachète une cave pour stocker son vin. C’est une structure à taille humaine, avec un travail important à la vigne.
Julien bénéficie d’un foncier peu cher et d’un terroir de qualité. Il a pu choisir ses parcelles et l’essentiel sera classé en cru.
A la différence de ses parents et de beaucoup de vignerons lancés dans les années 80, selon lui, c’est une chance aujourd’hui de se lancer dans le Muscadet, car c’est un vignoble avec beaucoup d’opportunité et d’excellents terroirs.
Dès le départ, il est parti du principe qu’il fallait tout faire à la vigne, afin que cela soit plus facile après : taille adaptée, ébourgeonnage conséquent…
La suite ?
Il rachète 1,5 hectare en 2014 (7 ha) et il commence à planter et restructurer.
En 2018, les vendanges sont faites sur 8,6 hectares, le domaine est passé à 10,6 hectares, avec certaines jeunes vignes non productives. La même année, ses parents produisent leur dernier millésime et choisissent de se consacrer à leurs chambres d’hôtes.
En 2019, le domaine atteint 13 hectares, dont 3 hectares en conversion bio. L’objectif est d’atteindre les 15 hectares.
Julien fait appel pour l’entretien depuis 2016 à quelques saisonniers pour la taille, l’ébourgeonnage et les vendanges, et en 2018, il a recruté un CDI 2 jours par semaine. Apoline, son épouse, rejoint le domaine pour la partie administrative en 2019.
Aujourd’hui, ce vigneron réservé et discret (les réseaux sociaux ? très peu pour lui) produit des vins de grande qualité, reconnus et présents sur de belles tables étoilées. Son marché est divisé entre les cavistes et les restaurateurs à 50 % et le marché export à 50% (USA, Canada, Belgique, Pays-Bas)
Julien Braud

Travailler en bio, conflit de génération ?

Titre bien réducteur, puisqu’il y a des vignerons bio de tout âge. Dans la famille Braud, ce n’était pas l’habitude, il reconnait même s’être fait « chambrer » sur ses modes de culture. Mais pour cet ingénieur, travailler ses vignes en bio était essentiel, cela avait du « sens » et il n’allait pas déroger à cela. Il se souvient d’un déclic au Lycée de Briacé, lors d’une dégustation avec Guy Bossard et Jo Landron, deux personnages qui l’ont marqué et lui ont transmis les différentes façons de travailler en agriculture. Le respect du sol, des hommes, c’était au cœur de sa formation à l’école d’ingé.
Ce jeune ingénieur avait toutes les cartes en main : le labour appris par son père, puis la manière de travailler inculquée sur les bancs de l’école. Selon lui, un ingénieur généraliste ne connait pas tout, mais il sait s’entourer, trouver l’info, il sait se débrouiller !
Le quotidien d’un vigneron bio
Débutons en hiver : pré-tailler/ tailler/ tirer les bois/ plier/ décavaillonner/ griffer/ biner, effectuer un léger chaussage, pulvériser du printemps à début août avec une solution cuprique (soufre, cuivre, tisane de plantes), ébourgeonner, puis vendanger.
La récolte 2017 est certifiée 100 % bio AB, 3 hectares repris en 2018/2019 sont actuellement en conversion. Parmi les pistes d’avenir, Julien souhaiterait travailler avec des engrais verts.
Concernant la biodynamie, c’est un projet à moyen-long terme. Il a fait des essais et aimerait pouvoir encore diminuer la dose de cuivre.
Monnières est d’ailleurs l’une des communes comptant le plus de vignerons bio en surface : A terme, 7 vignerons sur 20 seront en culture biologique.
Tout le vignoble du Muscadet bénéficie d’une émulation positive !

Et le vin dans tout ça ?

Julien possède une cave des années 50, semi-enterrée, qui a l’avantage de permettre de travailler par gravité. 90% du débourbage est réalisé par gravité. Le raisin fermente en cuve souterraine carrelée, une cuve classique du Pays Nantais.
Le Domaine Julien Braud, c’est 6 cuvées :
  • Cuvée Folle Blanche
  • Cuvée Préface en AOC Muscadet, sortie en décembre 2018
  • Cuvée Les Vignes du Bourg, Muscadet Sèvre et Maine sur Lie, avec 6 à 9 mois d’élevage selon les mises en bouteilles, sortie au printemps 2019
  • Cuvée Domaine « Les Grands Quarterons », terroir en transition gneiss et gabbro, avec 12 mois d’élevage
  • Cru Monnières Saint Fiacre, reconnu en juin 2019
    Le Cru 2014 a été élevé 34 mois sur lie, le 2018 sera proposé en 2020/2021.
  • Cuvée « Bulle de l’Ouest », une méthode ancestrale 100% Melon de Bourgogne
  • « Ephémère », méthode traditionnelle 100% melon avec 30 mois d’élevage sur lattes
  • Cuvées en pinot noir et merlot (Vin de France rouge) à venir
Les nouveautés : le Chardonnay
30 ares en Chardonnay vont être utilisés pour la Cuvée Ephémère et un vin blanc sec va également être réalisé.

Le Cru Monnières Saint-Fiacre « le charnu » 

La Fédération des Vins de Nantes le définit de la façon suivante « Les vins de Monnières-Saint Fiacre sont charnus, dotés d’une texture crémeuse qui s’accompagne d’une subtile amertume rafraîchissante en finale. Leur bouquet aromatique s’articule autour des agrumes, de la fleur d’oranger des fruits exotiques, avec souvent des notes balsamiques telles que la cire et le miel.
Monnières-Saint Fiacre occupe une position centrale parmi les Crus. Le vignoble est une succession de coteaux étendus sur la rive gauche de la Sèvre, complétés par des buttes autour de ses affluents. Le long de la Sèvre, des « folies nantaises » complètent le paysage, agrémentées de vestiges d’anciens moulins à vent. Les sols sont logiquement assez pentus, de texture plutôt fine et limono-sableuse, de profondeur moyenne. Ils sont néanmoins plus argileux sur les altérites, ces formations géologiques nées de la décomposition des gneiss. »
Ce vin d’exception résulte de l’entente d’une vingtaine de vignerons et de leur volonté de se regrouper autour d’une unité de terroir. Un terroir unique, nos coteaux sont constitués d’une roche mère de Gneiss sur des sols sablo-limoneux. Issu de vieilles vignes et d’une production maitrisée, ce vin est élevé sur lies de fermentation durant 30 mois avec des bâtonnages réguliers.
Fin, élégant, avec un joli fruit, acide mais mûr pour conserver la fraîcheur, le Monnières – St Fiacre accompagne tous les poissons nobles et les viandes blanches. Il est également apprécié sur les fromages et surprend à l’apéritif.

Le choix d’un métier passion

« Vigneron », c’est un métier multi-facettes, « je n’ai jamais l’impression de bosser » ! (ça donnerait bien envie de devenir vigneron !)
Que l’on soit à la vigne, à la cave, au caveau, en prospection, en salon…, c’est un métier diversifié dans lequel on voit toujours du monde.
C’est également un métier basé sur l’échange et la solidarité, et c’est bien normal, lorsque la météo prend parfois le pouvoir. Entre petites structures, on s’entraide ! Les nombreux échanges avec Vincent Caillé (Domaine le Fay d’Homme) et avec Sébastien Branger (Domaine de la Haute Févrie) au sujet de la pluviométrie sont indispensables.

Un projet de vie

C’est le projet partagé avec Apoline et leurs 3 enfants : Victor (né en 2013), Paul (en 2017) et Justine (en 2018). Julien partage pleinement toutes les valeurs de ce métier : il aime la liberté, il est en osmose avec la nature et il travaille pour demain, pour les générations futures.
Sa première vieille vigne a été plantée par la génération de son grand-père, il a racheté sa parcelle, « la parcelle de Julien », plantée son année de naissance en 1986 et aujourd’hui, les vignes qu’il plante seront pour ses petits-enfants. Victor et Paul accompagnent déjà leur papa, à voir s’ils suivront son chemin…
Il est vigneron et il est fier de son métier, fier de l’exercer dans le muscadet : on peut réaliser des choses exceptionnelles, il ne reste qu’à le montrer au plus grand nombre, à travers les dégustations !
Son projet ? développer l’oenotourisme dans les années à venir

Les Vignes de Nantes

Julien a rejoint les Vignes de Nantes avec le millésime 2014. Seul, il a pu être soutenu et épaulé par d’autres vignerons, comme Vincent Caillé ou Marie Luneau. Entraide et solidarité ne sont pas un vain mot au sein de l’association.

Et le soir, on boit quoi avec Apoline et Julien Braud ?

« On boit des vins du Languedoc : « la Grange des Pères » à Aniane, le « Mas des chimères » à Octon, ce sont des vins très bien, faciles à boire avec des gens simples.
Merci Apoline et Julien
Domaine Julien Braud
11 rue des Moulins – 44690 Monnières
© Christophe Bornet by Kristo